Pourquoi celle "d'en haut" s'enrichit-elle de multiples apports et prend-elle le dessus ? Tout simplement parce que le Roi, à présent sédentarisé (eh oui ! finie la bohême médiévale), vit en Île de France et en Orléannais. C'est donc que le Sire parlant ainsi, il est de bon ton de causer comme lui ! Le "françois" n'a pas besoin d'attendre une ordonnance royale pour s'imposer naturellement comme langue prestigieuse. 1539, il devient langue administrative, et tout ce que le pays compte de "gens bien" le parlent naturellement. Bon. C'est l'élite, hein ! Parce qu'à la Révolution, une enquête (il semblerait que la mode de l'enquête soit née en cette époque bouillonnante) révèle que 80% de la population le comprend plus ou moins mais ne le parle pas du tout ! Le français porte des noms amusants : la "langue du pain" pour les Corses, celle du "dimanche" pour les Savoyards...
Encore un siècle...1882 : Jules ferry et son école obligatoire vont mettre du plomb dans l'aile des dialectes. Les enfants qui s'oublient à parler patois au lieu du français s'en souviendront longtemps (et leurs doigts, et leurs fesses, et leurs oreilles...)...
Pourtant, ce qui a fait réellement et définitivement progresser le français, ce qui en a fait la langue que tous nos compatriotes parlent désormais, c'est...la terrible Grande Guerre. Eh oui... Tous unis autour du drapeau, et surtout dans l'enfer des tranchées, du sud comme du nord, de l'ouest ou de l'est, il a bien fallu communiquer pour se serrer les coudes. Tout naturellement, la langue française a servi de dénominateur commun. La bascule s'est faite là, et peu à peu a gagné tout le pays. Au fil du 20e siècle, le bilinguisme disparaît progressivement, en dépit d'actions volontaristes locales pour le préserver voire l'imposer. On ne citera pas ici les îlots bien connus de résistance :-)