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Du TU au JE...

Retour de ma fille hier midi du collège.

"Oh lala, le prof d'anglais, aujourd'hui, on ne pouvait rien faire : ils hurlait.

Dès qu'il est arrivé, il a commencé à crier que ce n'était pas le jour pour l'embêter, qu'il ne le supporterait pas, oh lalala..."

Et elle roule un regard qui en dit long sur la véracité de l'annonce...

Je lui réponds que ça arrive à tout le monde, ces mauvais jours, et que je fais pareil avec mes élèves, que je les préviens d'entrée de jeu : qu'ils se tiennent à carreau car "c'est pas le jour" où il faut me "chercher"...
Et je me rappelle combien il est important, dans la relation élève/enseignant, de dire souvent JE et non pas sans arrêt TU...
Pourtant, le TU, le VOUS, on n'emploie que ça, continuellement, dans une classe : prenez...ouvrez...dis-moi...tais-toi...veux-tu que...tu me...vous me... Elle...celui-là...
On ne parle qu'à eux, on ne parle que d'eux, on ne parle que "sur" eux... Et nous, et JE dans l'histoire ? C'est pourtant bien une relation qui a lieu dans une classe....
Où est le prof en tant que sujet ?
On l'oublie. Du coup, c'est une relation bancale, une relation inégale, une relation frelatée...Et les élèves n'aiment pas ça. Les élèves, les petits comme les plus grands, apprécient l'authenticité. Rien à voir avec la permissivité ou un manque d'autorité... Non, il ne s'agit pas de cela, il s'agit d'être réellement présent à la relation, impliqué. Ne pas se soustraire, ne pas être un observateur, ou un accusateur permanent. S'instaurer, ou se restaurer, comme sujet, acteur et réactif pour soi-même.

C'est infiniment plus difficile qu'il n'y paraît : manque d'habitude, peur de quitter sa place "protégée", faussement toute-puissante, peur de s'impliquer au-delà de sa tâche d'enseignant... Dire JE au lieu de TU ne va pas de soi... loin s'en faut ! Cela nécessite une volonté réelle et une attention soutenue : autant dire qu'on oubliera souvent cette intéressante substitution... Mais tant pis, chaque fois qu'on y prendra garde et qu'on saura parler ainsi, ce sera un peu de confiance et d'authenticité de gagnées.

 Tu n'as pas fait ton travail....

Honnêtement, l'élève s'en fiche...

J'attendais de toi que tu fasses ce travail... je suis ennuyé que tu ne l'aies pas fait.

Je vous assure qu'il est nettement plus attentif au manquement. (sauf s'il déteste son prof...et encore...)

Cette formulation produit des effets bénéfiques et permet de construire une relation vivante et réciproque, car lorsqu'il parle de lui face à l'enfant, l'adulte se situe et se définit de la place où il est, il devient ainsi plus consistant, plus présent, plus fiable.

Mais écoute le ton sur lequel tu me parles !

Une chance sur deux de s'entendre répondre que pas du tout, que le ton est très bien, que "c'est bon"...

Je suis heurtée par le ton sur lequel tu me parles, je trouve ça très désagréable....

L"élève, par notre réaction personnelle ouvertement exprimée, prend davantage conscience de la répercussion de son attitude et il mesure les effets avec plus de pertinence. Plus facile pour lui d'arrêter... voire de s'excuser !

Passer du TU au JE ne résout pas tout, et la formulation ne fonctionne évidemment pas en permanence. Mais si, selon la formule consacrée, l'enfant est au centre de toute préoccupation et tout acte pédagogique, l'enseignant est bel et bien sujet, partie prenante, et il doit oser s'exprimer en tant que tel.

(Ben oui, c'était un article de prof...)

 

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A
la communication digne d'un vrai manager..!!
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P
Cela s'appelle la Communication Non-Violente...A suivre, un article sur ce sujet dans La Source....
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