Joies de la vie de groupe.
"Je me le tenais à moitié gosier, ce ................ (compléter selon votre expérience et vos goûts : gâteau au chocolat - blanc-manger coco - paquet de bonbons - poulet fermier rôti....) et vous ne m'avez laissé que des rogatons !"
Rogatons. ( Chez nous, à vrai dire, on dit plutôt rougagnoles... )
D'où vient ce petit mot charmant destiné à nommer les résidus, les petits bouts de rien qui restent et ne valent plus grand chose ?
Eh bien, chers lecteurs, sachez que son ancêtre était un fort honorable verbe latin, rogare. Je vois bien que vous réagissez, amoureux de la langue que vous êtes... Rogare, ça donné rogatoire (telle la commission du même nom)... cela signifie "demander, interroger"... Un rogatum, pour nos anciens, était donc une demande... Mais de là à devenir un malheureux débris sans valeur... quelle déchéance ! Que s'est-il passé dans cette famille pour en arriver là ? De rogatum à rogaton, on suit sans souci. Le rogaton du 14e siècle, était une requête. Mais une connotation ironique s'est immiscée peu à peu... Le rogaton devint un poème élogieux destiné à flatter un puissant pour en tirer, évidemment, quelque bénéfice financier. Pensez à notre ami le renard lorsqu'il s'adresse au vaniteux corbeau : il ne lui déclame rien d'autre qu'un rogaton (manière subtile et hypocrite de réclamer son fromage) ...
[Là, à ce point précis du discours, je dis ATTENTION ! N'allez pas me faire dire ce que je n'ai pas dit : je n'ai nulle part mentionné que le rogaton = un fromage ! ]
Bientôt synonyme de texte littéraire sans intérêt, puis de chose de peu d'importance, insignifiante, notre rogaton devint une bricole, un "rossignol" comme on dit aussi.
Bricoles, babioles...
Vétilles broutilles...
Rougagnoles et rogatons !
Au pluriel, il perd définitivement toute superbe, et c'est ainsi que nous le connaissons de nos jours, bien loin de ses nobles origines !