Si je dis "notre numéro 4", à DonaldVille, les réactions seront diverses.
- Mamzelle Bulle, alias Numéro 3, se mettra instantanément en colère et me fustigera : "Arrête de nous appeler par des numéros!!!". Elle doit pourtant savoir, la moqueuse, que pour cause de pré-alzheimer galopant, c'est la dernière solution que j'ai pour ne pas m'embrouiller dans les appellations d'origine contrôlée de mes Grillons précieux.
- Malgré cette horripilation numérique, beaucoup, habitués, entendront donc "Lily" à l'annonce de ce quantième parfait...
- Enfin, les férus d'ennéagramme (j'en connais) traduiront immédiatement ce petit chiffre par les mots hautement évocateurs : "tragico-romantique"...
La Gazette ne fera pas ici un cours, aussi succint soit-il, sur les différentes théories des caractères, dont l'ennéagramme fait partie. On se contentera de rappeler que le nombre 4 correspond donc aux personnes portées au romanesque et à une certaine exaltation des sentiments. A DonaldVille, on a notre tragico-romantique type : celle pour qui la vie est un vaste théâtre et les événements autant d'occasions de mises en scène. Exilée depuis peu pour aller expérimenter outre-manche les tenants et aboutissants du théâtre élisabéthain, elle a, sachez-le lecteurs adorés, parfaitement réussi sa mission. Elle vient en effet de vivre et jouer, étape par étape, une tragédie en bonne et due forme. Petit rappel de la structure et de l'intérêt de cette oeuvre théâtrale classique : "Des personnages de rang noble sont impuissants face aux forces supérieures(des dieux le plus souvent)qui les manipulent. L’enchaînement des événements et le dénouement nécessairement dramatique relèvent d’une fatalité implacable, qui peut sembler injuste, inique et bien au-delà de l’endurance humaine" (Wikipédia) La tragédie est édifiante : "elle a une vocation didactique, c’est-à-dire qu’elle vise à enseigner une vérité morale ou métaphysique au public." Elle se déroule traditionnellement en cinq actes : Acte 1 : exposition de la situation des personnages Acte 2 : apparition de l’élément perturbateur Acte 3 : les protagonistes cherchent une solution au drame, tout paraît encore possible Acte 4 : l’action se noue définitivement, les personnages n’ont plus aucune chance d’échapper à leur destin Acte 5 : l’action se dénoue enfin, entraînant la catastrophe.
C'est là qu'il faut un point étymologique (dada gazetier) : en grec,katastrophé= « bouleversement » et « fin, dénouement » (TLF), repris en latin, catastropha « coup de théâtre ». La catastrophe, c'est donc l'événement funeste et décisif qui provoque le dénouement d'une œuvre romanesque ou dramatique(TLF)
Oyez, oyez, bonnes gens, on y est en plein !
Acte 1
Prenons donc notre tragédienne de naissance, la nommerai-je ? Philou. Transportons-la dans un décor "exotique", pour l'originalité du spectacle : Northwich, petite ville médiévale perdue entre Manchester et Liverpool, dans l"Angleterre du début du 21e siècle. Une transposition contemporaine de Brigadoon ? Ouvrons le rideau sur le Floatel, hôtel flottant légèrement en berne, le Floatel, son bar, son ambiance marine etc.
Régal du décorateur/costumier.
Acte 2
On dit beaucoup de choses sur le lieu, elle l'apprend durant un mémorable trajet nocturne avec un cocher hors d'âge qui répand les on-dit et légendes sur ce manoir inquiétant. L'héroïne se rend compte qu'à l'hôtel, le client est rare, les chambres humides, la nourriture pas toujours fraîche... On sent les profondeurs abyssales qui pourraient engloutir le navire et les âmes qui y errent. Le drame n'est pas loin, c'est la Grande Scène du II, notre tragédienne se donne à fond, le public y croit (surtout sa môman), c'est un triomphe.
Acte 3
Des deux côtés de la Manche, on cherche des solutions, la tension s'apaise, des seconds rôles précieux font leur apparition : tout semble pouvoir évoluer positivement.
Acte 4
Malheureusement, on s'est embarqués sur cet hôtel flottant pour une croisière tragique, pas une pièce de boulevard, on vous le rappelle. Le Destin, qu'on sentait sourdre depuis le début mais qui se tenait hypocritement dans le troisième dessous, fait trembler le monde (et les murs de notre théâtre). Il s'appelle la Crise financière de l'automne 2008. La Bourse s'effondre, les entreprises plongent, les particuliers se figent... Le Floatel prend des allures d'un Shining de bas étage...
Acte 5
Voici venu le temps de la fameuse catastrophe dont il est question depuis le début de l'article. On y courait, on le savait, la voici dans toute sa splendeur, aussi attendue que pourtant surprenante. Le 21 janvier 2009, à 12h, heure locale, l'annonce prend tous les protagonistes de plein fouet : suite à la faillite de la Compagnie, le Floatel ferme sur l'heure et le bâtiment doit être intégralement évacué avant la tombée de la nuit. Tout le monde est au chômage, sans sommation, et on n'a plus le temps que de boucler ses valises. Notre héroïne doit donc brutalement quitter son paquebot-galère et sauter sans trop réfléchir dans le canot de sauvetage. Elle pleure qu'elle ne reverra plus certains personnels qui n'étaient pas de service ce jour-là, ni même certains pensionnaires réguliers... Ce n'est plus Shining, c'est Titanic mâtiné du Vaisseau Fantôme... Voilà, lecteurs bien-aimés et aussi pathétiquement sidérés que la Rédaction, voilà donc une belle et authentique tragédie, parfaitement dans la norme, respectueuse en tout point du cahier des charges de ce genre littéraire.
La numéro 2, alias numéro 4 dans son Grand Rôle, doit actuellement se trouver sur le territoire français (chère Patrie!) plus ou moins à l'ombre de la Tour eiffel, si on a bien suivi le cours des événements (à confirmer).Quant au MYSTERIEUX numéro 6, l'Angel 2 nous met l'eau à la bouche...mais c'est apparemment un peu tard : avant même que de l'avoir identifié, on nous dit qu'il nous a quittés ???
la compagnie moi je m'en fou !! le n°6 j'aimetrai bien savoir qui c'est avant de savoir qu'il va nous quitté...MOI, je veux savoir où va dormir et manger cette jeune fille d'içi son retour !!!!!