Je suis d’une ville du bord de l’eau.
Je suis d’une ville que baigne un fleuve finissant, définitivement appelé à rencontrer le large, à se dissoudre pour mieux se libérer et s’épanouir, un fleuve qui entraîne l’eau claire des montagnes vers un monde salé et que chaque lieue rend un peu plus saumâtre.
Un bras que l’océan tend vers les terres riches, étirant chacun de ses doigts fins et tordus un peu plus en amont.
Un fleuve qui, la moitié du temps, coule bizarrement, remontant le courant, repartant à l’assaut de son pays natal, repoussé malgré lui par la mer capricieuse, qui l’attire pourtant et le reprend ensuite, mouvement balancé sans cesse renouvelé, danse perpétuelle dont on ne sait pas bien qui en guide le pas .
Je suis d’une ville qui va chercher sur l’Atlantique de grands bateaux tout blancs, et qui leur fait la cour, et les ramène à elle, sirène séduisante au chant si mélodieux..
« Venez, venez bateaux brillants et fantastiques, baleines aux milliers d’yeux, à la peau éclatante, grands monstres improbables, remontez jusqu’à moi, laissez vous donc guider, n’en ayez nulle crainte, mon lit est bel et profond !
J’ai pour vous de longs quais qui vous seront une couche accueillante.
J’ai pour reposer vos regards de l’immensité bleue scintillante, immuable plaine immobile et pourtant inlassablement remuante, j’ai pour vous de longues et calmes façades, expression parfaite d’une sage géométrie, architecture sereine, paradant en sa belle robe si bien taillée, sa robe couleur de nombre d’or…
Et les nuées qui vous habitent, les nuées qui bruyamment s’agitent au cœur de vos entrailles de bois, de fer, de verre, ces nuées pourront s’égailler à la découverte de mes beautés, mes parcs, mes places, mes fontaines, mes larges artères, jusquà la moindre de mes ruelles… »