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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 18:32
Cela commence comme un conte.

Il était une fois les trois fils du roi de Serendip (Sri-Lanka en vieux persan).
Ceux-ci, éduqués comme il se doit selon leur princière nature, refusèrent de succéder à leur père et furent donc chassés du royaume.

Cela se passait en temps reculés, mais ils étaient déjà de vrais Sherlock Holmes, puisqu'ils sont resté célèbres pour leur sagacité, leur esprit d'observation et de déduction.
Notant en effet des détails apparemment sans importance tout au long de leurs pérégrinations, ces trois héros, usant à propos de leurs trouvailles fortuites, recevront des récompenses qu'ils n'attendaient pas : mariages à de belles et riches princesses, récompenses fastueuses...
 
Voici fragment résumé du conte Les pérégrinations des trois fils du roi de Serendip d'Amir Khusrau, premier conte de son recueil Hasht Bihist (Les huit Paradis, 1302).
La première traduction en français date de 1610.

Un jour, ils passèrent sur les traces d'un chameau. L'aîné observa que l'herbe à gauche de la trace était broutée mais que l'herbe de l'autre côté ne l'était pas. Il en conclut que le chameau ne voyait pas de l'oeil droit. Le cadet remarqua sur le bord gauche du chemin des morceaux d'herbes mâchées de la taille d'une dent de chameau. Il reconnut alors que le chameau aurait perdu une dent. Du fait que les traces d'un pied de chameau était moins marquée dans le sol, le benjamin inféra que le chameau boitait.

De ce conte très ancien, dès 1754, un terme a été tiré, dont d'aucuns savent qu'il m'est cher : c'est serendipity.
Avouez : rien que de l'entendre, c'est déjà un voyage... Ce mot exotique désigne donc le fait de faire des trouvailles fortuites qui conduisent à un résultat aussi inattendu que gratifiant. Jusqu'au milieu du 20e siècle, la sérendipité (traduction admise depuis peu) est un concept qu'on n'utilise qu'en chimie...et en documentation ! Peu à peu, son champ s'élargit : sociologie, littérature, anthropologie, paléontologie, physique, économie, management, sciences cognitives... La sérendipité est partout... surtout sur le Net !

Mais plus on l'emploie couramment, plus il semble perdre une nuance fondamentale de son sens premier : l'acte d'observer et de déduire.
Au gré de mes lectures, je note en effet qu'on a tendance à attribuer à la sérendipité des trouvailles dues uniquement au hasard, principalement sur la Toile... Or, si les indices sont trouvés par hasard, la déduction finale et la gratification qui en résultent doivent tout à l'intelligence du sujet et à sa capacité à en tirer habilement partie!

Ainsi peut-on retenir la définition que donne Wikipédia : "la sérendipité est une découverte, provoquée par une attitude d'esprit, qui consiste à rebondir sur les conséquences d'une aventure, d'une rencontre, d'une recherche ou d'une expérience."

"Le hasard ne favorise que les esprits préparés" disait Pasteur. J'ajouterai que c'est parce qu'il fait alors place à la sérendipité.
Car dans toute cette histoire, le hasard joue un rôle presque plus pittoresque et merveilleux que réellement utile...
La sérendipité se manifeste parce qu'il y a un être humain doté de facultés particulières (la sagacité, l'intuition, la perspicacité...) et parce qu'il agit. Les "experts" en sérendipité sont donc ceux qui font par principe preuve d'une curiosité intelligente et qui cherchent à comprendre ce qu'il leur échappe... Pas ceux qui errent sans but ni méthode dans le flot d'informations.

Le poète Wilhelm Wilims écrit :

"Toutes les choses sont des accidents sans importance ou des fruits du hasard à moins que votre regard émerveillé qui les sonde, les connecte et les ordonne, ne les rende divins..."

Je pourrais, chevauchant mon dada, noircir des pages virtuelles sur ce sujet qui me passionne... mais je terminerai sur une note amusante, pour alléger le propos et l'ouvrir à la notion exactement inverse à celle de sérendipité : la zemblanité.

Inventée en 1999 sur le même principe "géographique" que sa grande soeur, la zemblanité, issue de la Nouvelle Zemble (située aux antipodes de Serendip) consiste en   l'art de faire systématiquement des découvertes attendues mais malheureuses et malchanceuses, et n'apportant rien de nouveau.
 
Tout un programme, non ? ;-))

http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Trois_Princes_de_Serendip
http://urfistinfo.blogs.com/urfist_info/2007/12/zemblanit-vs-se.html

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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 19:05
Au chapitre des jouissances ineffables de la langue auxquelles la Gazette vous a habitués depuis longtemps, chers et patients lecteurs, voici un petit mot que j'ai découvert hier tout à fait par hasard, à un endroit où on ne l'aurait pas forcément attendu, à savoir dans un article de Michel Serres ( un maître à penser de votre gazetière, avec  Mérieu et même Dubet, n'en déplaise aux étudiants de socio de Bordeaux ) sur l'accès démocratique à l'information...
Comme quoi, le baroque de la langue nous attend à chaque coin de rue.

Le mot du jour, donc : CATAGLOTTISME.

Pour sûr, je me régale. Le lire, le dire, l'écrire, cela me plaît et me remplit d'une joie que je ne retiens pas et qui me fait gigoter sur ma chaise.

Koicéty, alors, me demanderez-vous, que le cataglottisme ?
Eh bien, d'abord, je vais vous dire de suite ce que ce n'est pas. Oui, je débute par une définition en creux, cela fera un effet de genre.

Le CATAGLOTTISME n'est pas, comme on l'eût pu croire, la malédiction de Cassandre, pauvre princesse troyenne condamnée par Apollon à prédire des malheurs et catastrophes que jamais personne ne croirait....
Avouez pourtant que cette défintion aurait quelque chose de parfait, qui collerait au poil...
Le CATAGLOTTISME, sachez-le, ce n'est pas non plus le fait de savoir parler le catalan, eh bien non.

Mais koicéty, alors, me RE-demanderez-vous, que le cataglottisme ?

Le CATAGLOTTISME (oui, je ne m'en lasse pas), c'est le fait d'employer des mots exagérement rares lorsqu'on parle ou qu'on écrit. C'est pratiquer une langue très peu usitée et un forcément brin prétentieuse. "Tirée vers le bas" si l'on en croit le préfixe "cata-"... Dégradée, quoi !

Point de cataglottisme sur la Gazette donc, mais une affection  avérée pour le mot lui-même !
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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 13:19
Chers lecteurs, la Gazette, fidèle à sa vocation de répondre aux questions que vous ne vous posez pas,  publie ce jour un article absolument indispensable.
Votre gazetière se demande d'ailleurs comment elle a pu attendre jusqu'à ce jour pour s'interroger sur les origines du mot ORDINATEUR !
Quand on sait, en effet, à quel point cet objet magique est présent dans nos vies, combien on ne saurait plus s'en passer, combien la Gazette-même dépend de lui et combien de fois on emploie ce mot dans une journée, comment la curiosité étymologique ne nous est-elle pas venue avant ???
Je rattrape illico mon inexcusable retard.

Prenon le mot ordinator, qui donna en vieux français ordinateur. A l'époque, évidemment, point de PC...Ordinateur avait autrefois le sens d'ordonnateur, personne qui dispose, qui règle selon un ordre. Dans l'Église catholique, il avait aussi le sens d'ordinant, celui qui confère un ordre ecclésiastique.


En 1954, la société IBM France voulait trouver un nom français pour sa nouvelle machine électronique destinées au traitement de l'information (IBM 650), en évitant de transposer littéralement le mot anglais "computer" : calculateur.
Un cadre de la société, manifestement cultivé et pas seulement ingénieur, eut l'idée de consulter un de ses anciens professeurs, Jacques Perret, titulaire de la chaire de philologie latine à la Sorbonne.
Celui-ci travailla vaillamment, comme on l'attendait d'un grand maître de son acabit.

Il fit de longues recherches terminologiques, qu'il soumit à IBM :


"Systémateur" serait un néologisme, mais qui ne me paraît pas offensant ; il permet "systémation" ; mais "systémer" ne me semble guère utilisable.

"Combinateur" a l'inconvénient du sens péjoratif de "combine" ; "combiner" est usuel, donc peu capable de devenir technique (...)

"Congesteur", "digesteur" évoquent trop "congestion" et "digestion"

"Synthétiseur" ne me paraît pas un mot assez neuf pour designer un objet spécifique, déterminé comme votre machine.

Que diriez vous d"ordinateur" ? C'est un mot correctement formé, qui se trouve même dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l'ordre dans le monde. Un mot de ce genre a l'avantage de donner aisément un verbe, "ordiner", un nom d'action, "ordination". L'inconvénient est que "ordination" désigne une cérémonie religieuse ; mais les deux champs de signification (religion et comptabilité) sont si éloignés et la cérémonie d'ordination connue, je crois, de si peu de personnes que l'inconvénient est peut-être mineur. D'ailleurs votre machine serait "ordinateur" (et non ordination) et ce mot est tout a fait sorti de l'usage théologique.(...)
En relisant les brochures que vous m'avez données, je vois que plusieurs de vos appareils sont désignés par des noms d'agents féminins (trieuse, tabulatrice). "Ordinatrice" serait parfaitement possible et aurait même l'avantage de séparer plus encore votre machine du vocabulaire de la théologie.

(Extraits de la lettre adressée le 16 avril 1955 à IBM)

IBM France retint le mot ordinateur, sans doute plus prestigieux que le féminin naïvement proposé par le professeur Perret...
Le mot fut facilement et rapidement adopté par les utilisateurs et IBM France décida au bout de quelques mois de le laisser dans le domaine public, alors qu'il voulait au départ le déposer comme marque.

Le mot a  été transposé en espagnol (ordenador). D'autres langues romanes ont choisi de construire un néologisme à partir des mots latins calculator et computator : computadora en espagnol d'Amérique latine (pas si sexiste ?), calcolatore en italien, computador en portugais... (c'est bien ça, Angel 3 ?)


(ça, c'est une computadora, ou je me trompe ?)
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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 09:12
Le printemps vous met-il d'humeur badine ?

Badin, badine : qui ne connaît  ce petit mot un peu désuet qui caractérise une personne gaie et enjouée portée à la plaisanterie ?
Eh bien, chers lecteurs, toujours curieux et l'affut de quelque nouveauté à découvrir, sachez que notre petit badin a un frère jumeau. Oh, pas un frère de sang : leur origine n'a rien à voir. Mais un sosie, dira-t-on... Ce "badin"-là ne parle pas d'un caractère mutin ou espiègle. Ce "badin"-là est beaucoup plus sérieux ! C'est l'autre nom de l'anémomètre (rien à voir avec le Maître des anémones), instrument hautement utile et de plus, très décoratif* sur le tableau de bord d'un avion.

*Jugez plutôt :
165px-Anemometre_dr400.jpg(notez que, comme pour la liturgie, chaque couleur a sa signification)
Le badin, donc, du nom de son inventeur (Raoul, pour les intimes), détermine la « pression dynamique » qui est égale à la différence entre la pression totale et la  pression statique (NDLR : Je rapporte des infos, point. Je n'explique rien dans cette histoire de pressions. Merci de poser vos questions techniques à la Gazette, qui transmettra à qui de droit). Cette pression dynamique, est fonction de la vitesse de l'avion par rapport à l'air et permet d'afficher une information de vitesse air sur le badin. Vous suivez, mes lecteurs ?
C'est un truc à mesurer la vitesse, quoi! (mesurez, quant à vous, l'art de la synthèse de la prof-doc : pro.)

Du coup, avoir du Badin, c’est aller vite!  Le contraire d’avoir un Badin dans le coma : dans ce cas, mauvais temps... l’avion ne va pas assez vite et risque de décrocher ! Mais en nulle chose l'exagération n'est bonne : il semblerait qu'avoir un badin joufflu serait une vitesse un brin excessive...
L'expression technique a pris un sens figuré : t'as du badin, cela signifie évidemment que tu es dynamique, bien en vie quoi !

Somme toute, c'est un joli compliment... ;-)

Note à l'intention des pointilleux : OUI, je publie sur mon temps de travail, mais comme c'est le printemps et que j'ai du badin ce matin, j'assume ma capacité  de bosser en
multi-tâches!!!
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18 mars 2008 2 18 /03 /mars /2008 16:20
Joies de la vie de groupe.
"Je me le tenais à moitié gosier, ce ................ (compléter selon votre expérience et vos goûts : gâteau au chocolat - blanc-manger coco - paquet de bonbons - poulet fermier rôti....) et vous ne m'avez laissé que des rogatons !"

Rogatons. ( Chez nous, à vrai dire,  on dit plutôt rougagnoles... )

D'où vient ce petit mot charmant destiné à nommer les résidus, les petits bouts de rien qui restent et ne valent plus grand chose ?
Eh bien, chers lecteurs, sachez que son ancêtre était un fort honorable verbe latin, rogare. Je vois bien que vous réagissez, amoureux de la langue que vous êtes... Rogare, ça donné rogatoire (telle la commission du même nom)... cela signifie "demander, interroger"... Un rogatum, pour nos anciens, était donc une demande... Mais de là à devenir un malheureux débris sans valeur... quelle déchéance ! Que s'est-il passé dans cette famille pour en arriver là ? De rogatum à rogaton, on suit sans souci. Le rogaton du 14e siècle, était une requête. Mais une connotation ironique s'est immiscée peu à peu... Le rogaton devint un poème élogieux destiné à flatter un puissant pour en tirer, évidemment, quelque bénéfice financier. Pensez à notre ami le renard lorsqu'il s'adresse au vaniteux corbeau : il ne lui déclame rien d'autre qu'un rogaton (manière subtile et hypocrite de réclamer son fromage) ... 
le-corbeau-et-le-renard.jpg[Là, à ce point précis du discours, je dis ATTENTION ! N'allez pas me faire dire ce que je n'ai pas dit : je n'ai nulle part mentionné que le rogaton = un fromage ! ]

Bientôt synonyme de texte littéraire sans intérêt
, puis de chose de peu d'importance, insignifiante, notre rogaton devint une bricole, un "rossignol" comme on dit aussi.

Bricoles, babioles...
Vétilles broutilles...
Rougagnoles et rogatons !

Au pluriel, il perd définitivement toute superbe, et c'est ainsi que nous le connaissons de nos jours, bien loin de ses nobles origines !
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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 17:00
Puisque, paradoxalement, durant ce Carême, la Gazette ne cesse de parler de nourriture et de cuisine, décidons donc (dondon) d'aller plus loin encore et de nous interroger sur l'étonnant "maître queux"...

Point de réflexion triviale, chers lecteurs, à propos de ce queux à l'inhabituelle orthographe ! Même si je continue en disant que ce queux vient du latin coquus...
Sans sauter du coq à l'âne, ceux qui savent qu'asinus anisum fricat, verront bien qu'en aucun cas coquus coquum fricat. Non mais !
Car coquus vient de coquere : ainsi donc, tout s'explique! Coquere n'étant pas fricasser, ben non.
Comment? Tout cela ne s'est pas éclairci à la lumière de mes explications, chers abonnés?
On reprend, au point où on en est de cette joyeuse ménagerie, après les ânes, le perroquet :

En latin : coquere = cuire
Le type qui s'y colle, le cuiseur, on le nommait le coquus.
Au XIe siècle, chez les gens d'ici, ça donnait cous.
Encore cent ans, on écrit queu (que rien, queu tel que, tout court, point).
Quelques siècles de réflexion, au début du XVIe, on trouve que queu fait mieux avec un X en queue.
Parce que c'est à cette époque que dans les cuisines de la Cour, justement, on se met à inventer des charges précises, des sortes de CAP avant l'heure (Angel 2 vous en parlera mieux que moi, des métiers de bouche du 21e siècle).
Comme on en parle, on l'écrit aussi : on fixe donc une orthographe bien définie, et des attributions précises à chacun.

Le maître queux s'occupe des ragoûts, mets et entremets.

Les hâteurs cuisent les rôtis.

Les potagers fournissent les potages... (J'ignore si la soupière est la femelle du potager).

Et y en avait bien d'autres pour nourrir tous ces beaux nobliaux de jadis!
De nos jours, je crois bien que le maître-queux, s'il ne fait tout lui-même, ne se cantonne pas à certains plats, mais nous régale de nombreuses spécialités!
Ah que, ah que... Mon article est fini!


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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 11:39
Plongée hier soir (en urgence!) dans  l'ouvrage de  Daniel Duigou, Naître à soi-même : Les évangiles à la lumière de la psychanalyse, j'eus le bonheur de redécouvrir une chose que j'avais sue il y a longtemps et depuis totalement oubliée !
Je veux parler de la signification première, certains diront originelle, ou ancienne, voir vieillie  du mot formidable.

Les latinistes lecteurs de la Gazette reconnaîtront sans doute formidabilis,  qui signifiait  «redoutable, terrible ».
Au XIVe siècle, le français l'emprunta pour signifier quelque chose qui inspirait la crainte. Ce sens dura des siècles, puisqu'on le retrouve au XIXe comme synonyme de terrifiant, effroyable, par exemple dans les Mémoires de Chateaubriand : "Les deux aiguilles [d'une pendule] unies à minuit enfantaient dans leur conjonction formidable l'heure des désordres et des crimes. "
Ou encore ce cher Victor, qui écrivait à peu près à la même époque (un peu avant 1850) : ".. l'heure, le lieu, la lune, les ronces et les choses confuses entrevues au fond, donnaient je ne sais quoi de formidable et de sauvage à cette mystérieuse chambre sans escalier, enfoncée dans la terre, avec le ciel pour plafond.
  " (HUGO, Rhin)
Peu à peu, au cours du XIXe puis du XXe siècle, ce sens redoutable et romantique s'est transformé et a glissé vers le sensationnel, l'extraordinaire, le considérable, l'admirable, selon le contexte.
Perdant son caractère effrayant, il s'est mis, on le constate, à ne plus plaire aux jeunes générations qui le trouvent bien fade et lui préfèrent les charmants "gavé ou "trop" et bien d'autres encore, qu'elles se sont appropriés (et que je ne sais pas réellement maîtriser dans les règles de l'art !)

Alors, formidable, ou simplement formidable ?

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 10:12
La Gazette vous encourage aujourd'hui à découvrir les joies ineffables du patois normand.
Pourquoi ? demanderez-vous.
Pourquoi pas ? répondrai-je.
De raison particulière, il n'en faut point chercher, si ce n'est l'explication d'expressions obscures que nous employons dans notre langage courant, en comprenant le sens, certes, mais en ignorant l'origine.
La Gazette, curieuse et aventureuse, est donc partie en safari-étymologique, suivant les côtes atlantiques jusque dans des régions très très au nord de la Loire...
Et la pêche fut bonne, voyez-donc ce qu'elle vous ramène :

http://www.bmlisieux.com/normandie/dubois00.htm
 
 
Imaginez-vous partir en voyage avec vos valises, palmes, bouées, appareils-photo, casseroles, couvertures, draps... et tout le tremblement!
"Et tout le tremblement"... de terre ? de peur ? de froid ? Que nenni, bonnes gens ! En vieux normand, le tremblement est un grand nombre, une accumulation... C'est déjà beaucoup plus clair!
Ainsi encombrés, attention à ne point vous casser la margoulette, qui n'est autre que la mâchoire...

Je vous laisse découvrir vous-mêmes les multiples joyeusetés de ce petit glossaire réjouissant, non sans vous parler, avant de terminer cet article, d'un terme qui m'enchante et qui désigne un objet à usages multiples : ce "couteau-suisse" qui sert à tout et peut ressembler à n'importe-quoi, à vous de l'imaginer, cet outil merveilleux, le patois normand l'appelle
une mitaine à quatre pouces.

couteau-suisse.jpg
J'adore!
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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 08:46
... à la demande d'un public enthousiaste!
Et comme il faut battre le fer tant qu'il est chaud...la Gazette ne se dérobera pas devant son glorieux devoir !

La question du jour portera donc sur QUELQUE ou QUEL QUE ?

Je pourrais ici analyser la nature respective de tous ces petits mots, et préciser s'ils sont adjectif déterminant, signifiant dès lors "un certain nombre" et s'accordant avec le nom qui le suit... s'il sont  adverbe, et par conséquent invariable...s'ils sont pronom personnel....
Mais j'irai droit au but et donnerai simplement le moyen "simple" de savoir  choisir entre eux au moment où la question se pose.


"Quelque" s'écrit en un seul mot devant un nom, un adjectif  : en ce cas, logiquement, il s'accorde:

Je mange quelques cerises du jardin !
Quelques rouges qu'elles soient, ces cerises ne sont pas encore mûres.

ou un adverbe
...

***Devant un nombre, laissez-le comme il est, il le mérite :

J'ai dévoré quelque huit macarons !


... et en deux mots lorsque cette locution est immédiatement suivie d'un verbe d'état (le plus souvent "être")

Quel que soit le temps, je sortirai.
Quelle que soit la saison, il nage tous les jours.
Quels que soient ses résultats, elle ne se décourage jamais.
Quelles que soient les conditions, je ne reviendrai pas en arrière.

Vous l'aurez noté, perspicaces lecteurs : QUEL s'accorde alors en genre et en nombre !

Alors ça y est ? C'est revenu ???

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27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 09:25
Oui, comme ça,  en ce clair matin dominical où il faut bien décider que la vie est belle, même si..., malgré...,  quoique... la Gazette, se posant la question de l'espace entre le quoi et le que, décide, tout de go, prise d'une soudaine crise de langue,  de rafraîchir les mémoires grammaticales de ses lecteurs.

La question du jour sera donc : QUOI QUE ou QUOIQUE ?

Epineuse problématique, avouons-le. Qui n'a jamais hésité à ce propos ? Votre gazetière ne jettera pas la première pierre...

Eh bien la règle est simple : la seule difficulté consitant à ne pas... l'oublier !

Sachez-le : QUOIQUE, agglutiné, collé, serré, comprimé, mononucléaire (j'essaie de varier les registres de langue pour séduire un  public varié) s'emploie  à la place de  "même si" ou "bien que".

Exemple : Quoiqu'il ne communie jamais, il va à la messe tous les dimanches. (Eh oui, on est dimanche, H - 1 avant ladite messe et je ressors d'une éprouvante session chez les Doms avec le Père Antoine Marie Machin, ça laisse des traces, que dis-je, des stigmates...)
Test : ma phrase reste-t-elle cohérente si je substitue subtilement QUOIQUE par ses frères?
"Même s'il ne communie jamais, (...)" : ça roule !
"Bien qu'il ne communie jamais (oui, je sais, on le saura, ça s'appelle de l'insistance, voire de la redondance, mais n'y voyez aucun jugement de valeur, et puis, en plus, il donne à la quête, alors...)..." : y a pas à redire, c'est correct !

Et si j'écrivais (juste pour hypothèse, et sans viser quiconque) "QUOIQU'il en dise, ce n'est pas un grand sportif " ?
Test : "Même s'il en dise...." : ouh lalalaaaaaaaaa.....ça chante bizarre, là, non ?
J'enfonce le clou : "Bien qu'il en dise".... Non, là, c'est funambulesque, zêtes d'accord, les lecteurs ?

Heureusement, dans mon grand sac de Mary Poppins, j'ai le terme qu'il faut : QUOI QUE, en deux mots, avec un espace pour bien respirer au milieu !
"QUOI (respire!) QU'il en dise, ce n'est pas un grand sportif "

On répète donc :

QUOIQUE en un seul mot peut se remplacer par MEME SI ou BIEN QUE. Dans le cas contraire, on utilise QUOI QUE .
CQFD. Capito ?
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