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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 19:12

... vous connaissez la suite.

A contrario, ce qui est difficile à concevoir, voire à accepter... a bien du mal à être nommé.

 

 Lundi, 13h et des miettes. Mon petit Club Lecture bat son plein.

Neuf recrues, parce que cette année, j’ai imposé un numerus clausus pour de triviales questions financières. Ceux qui sont là ont, du coup, un sentiment de chance inouïe. Ils jouissent joyeusement de leur privilège d’appartenance.

Il y a les anciens, « le gros » du bataillon, et trois « petits » nouveaux. On parle de ce qu’on a déjà  fait, des projets entamés, des centaines de choses nouvelles qu’on veut faire cette année… On échange sur des temps forts vécus précédemment. Sur le vif :

-          - J’ai rencontré l’autrice…

-         -  Pas l’autrice, l’auteuse !

-         -  Ben non, une autrice, c’est normal, comme une actrice.

- Non, si, non, il a raison, non c’est Clém qui a raison… Cela bataille sec, on n’entend plus rien… Ils finissent par interroger le Salomon du lieu, en l’occurrence votre Gazetière, puits de science et arbitre ultime.

-          - Mes petits Loulous, je vais chercher ce qu’on en dit sur Internet. Par habitude, je sais qu’on dit souvent maintenant auteure, comme on dit professeure. Moi, je n’adore pas ce RE, et pour ce qui me concerne, je dis que je suis UNE professeur, sans E. Si j’étais une auteur… je ne sais pas ce que je choisirais…

 

Et me voici donc, Lecteurs bien-aimés, partie sur l’océan du Net pour en savoir un peu plus. Autrice… serait-il un néologisme qui frotte les oreilles ?

Que nenni, gentes dames, bien au contraire ! Sachez que ce mot, qui n’a jamais vraiment percé, ou qui a été soigneusement combattu et presque enseveli, date… des auteurs latins !

L’auctor avait  l’auctrix, son pendant féminin. Eh oui ! Et ce fut repris au long des siècles par les auteurs de l’Eglise, St François de Sales y compris, qui emploie naturellement autrice pour traduire un texte de Tertullien.

La révolte mâle, toutefois, ne lâche rien, et on lutte sérieusement un peu partout pour « légiférer » sur une grammaire pro-masculine (Dieu sait si on connaît !) ou, bizarrement, auctor devient INVARIABLE… (tiens donc)

Je ne vous détaille pas les plongées forcées et les remontées à la surface de notre autrice, qui dure, qui dure… A la Renaissance, avec l’imprimerie, autrice revient en force (ou presque !) Au 17e siècle, ça se corse : la guerre est lancée contre cette autrice qui déplaît à la gent masculine (et intellectuelle). 18e siècle, la bataille s’intensifie et puis… au super « siècle-tombeau des droits féminins », j’ai cité le 19e, « l’Académie française … Considérant que le métier

d’écrivain ne convient pas à une femme, (...) en conclut qu’« écrivaine » n’a pas lieu d’être, et

classe autrice et « auteuse » parmi les féminins qui "déchire[nt] absolument les oreilles". »***

CQFD.

Pourtant, le mot résiste, il est présent dans plusieurs dicos et légitimé officiellement par la grammaire latine et la féminisation des mots masculins selon leur origine et leur forme.


Donc…c’est chacun qui dit ce qu’il veut ! Autrice ou auteure, ou même autoresse, pourquoi pas ??? ;-))


***http://www.siefar.org/docsiefar/file/Histoire%20d%27autrice%20-%20A_%20Evain.pdf

 

NDLR : Intéressante découverte, avec Word, écrivez AUTRICE et vous ne verrez pas le petit soulignage rouge de la honte ! Mieux, cliquez droit et vous verrez qu'il a comme synonymes : créatrice, inventrice, promotrice...plein d'autres, mais pas "auteur' ni "auteure" ! Même pas écrivaine (celui-là, il sonne vraiment moche, avec ce "vaine"  qui semble dire que la fille perd son temps à vouloir écrire!) Céty donc que c'est LE mot et le bon ???

 

 

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