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7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 19:56

L’activité intense qui régnait au CDI en beau jour de juin sur le coup de 15 heures a donné à votre gazetière l’idée de chercher quelques détails intéressants sur l’expression « bayer aux corneilles »…

Car en effet, gentils et dynamiques lecteurs, on écrit bien, du moins le devrait-on, « bayer » et non bâiller…

Ouh lala, je vous entends d’ici : mais qu’est-ce qu’elle nous raconte encore la Zigobelle ? Ayez confiance, mes chers abonnés : jamais je ne véhiculerais d’informations dont je n’ai pas soigneusement vérifié les sources, que je croise et recroise avec l’élégance d’une dentellière de l’info, je vous assure !

Voici donc pour vous une petite étymo-jolie !

Pour exprimer ce mouvement irrépressible des muscles faciaux que nous connaissons tous et qui est terriblement contagieux, (ne dit-on pas qu’un bon bâilleur en fait bâiller sept ???), le français, langue riche, nous donne le choix entre trois verbes, tous descendants directs du même terme latin  batare, « être la bouche ouverte »: béer, bâiller et bayer.

« Béer » subsiste surtout à travers ses participes, avec béant et bouche bée… Certains élèves, estourbis par la soudaine chaleur moite de cet après-midi, étaient la parfaite illustration des mots ci-dessus…

Le deuxième, je ne vous l’apprends pas,  est le plus usité. "Baailler", avec deux a accolés, pseudo-onomatopée encourageant le bâillement rien qu'à la prononcer, était l'écriture ancienne, telle qu'elle apparaît dès le 12e siècle. Il faut donc bien prendre le temps de dire ces deux a qui n’en font plus qu’un depuis l’adjonction de l’accent circonflexe. Prenez exemple sur les Normands, qui voient des âââ partout, et répétez après moi : je baaaaaille, tu baaaaaailles, nous baaaaaaillons… Là, normalement, on joint le geste à la parole... si on est d’un naturel empathique et  sensible à la suggestion.

Le troisième, semble ne survivre qu’à travers l’expression « bayer aux corneilles », qui signifie : rêvasser, perdre son temps en regardant en l'air niaisement  (Robert)

(Du reste, sachez-le, on le confond avec son grand frère, parce qu’on le prononce mal : logiquement,  il faudrait le prononcer comme payer. )

D’autres membres de cette grande famille, que vous fréquentez régulièrement sans savoir leur origine sont : ébahir, (XIIème) ou rester baba (1808) ; bégueule (1690) qui est au départ un nom formé sur bouche bée, et qui signifie « femme d'une pruderie affectée, qui s'effarouche, se scandalise pour des choses insignifiantes » (Robert) et même une baie, vitrée ou non (XIIème)  (l’ouverture dans un mur, pas le fruit !)…


 

Donc, la prochaine fois que vous bayerez aux corneilles
(ou aux moineaux, ou aux pigeons),
faites attention à ne pas finir par
bââââiller à vous en décrocher la mââââchoire!!!!

 

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commentaires

Angel 2 08/06/2007 21:02

Quand on aime, on ne compte pas et donc, chez moi un bon bâilleur doit en faire bâiller 10. Comme toute bégueule de Caudéran, j'en mets plein la vue... ;)
Par ailleurs si j'en crois un ouvrage quelque peu désuet (voire obsolète), le "et" terminal se prononce è comme dans lait.
Enfin, sachez que pour faire la distinction entre é et è, on et an..., je passe pour une parisienne (et non pour une normande...
Petite demande à la dame que l'état a l'air de ne payer que pour regarder ses élèves bayer: pourquoi loue t-on Dieu et une maison? Mes enfants du KT m'ont demandé, mais je n'ai pas les bons ouvrages.
Merci et bon we

Zigobelle 09/06/2007 12:28

Ah mais il semblerait bien, selon toute logique, que le louer sprituel viendrait du laudare latin ...qui donna lauder (et les laudes...à pas d'heure!!!) dès le Xe siècle : "louer, approuver, prôner, vanter" puis «prodiguer des louanges»... Tandis que le louer immobilier (mais on loue des gens aussi, n'est-ce pas, ou du moins leurs bras...) viendrait bel et bien de locare...Des références peut-être?Je cite :" Ainsi, en français, « louer » procède de deux verbes latins bien distincts, locare « donner à bail » et laudare « faire l’éloge de », que l’évolution systématique des occlusives intervocaliques ( ben oui, voilà, c'est clair comme ça, non????) a rendus homonymes. Cette indistinction récente – relativement à l’histoire des verbes locare et laudare – est l’aboutissement d’une longue chaîne de menues modifications, toutes ordonnées et systématiques, toutes inscrites dans la – très – longue durée."(consultable en ligne sur : http://ars-scribendi.ens-lsh.fr/imprimer.php3?id_article=48)Mais peut-être que Dame Sophie, autre caudéranaise exilée qui doit prononcer les é et è comme il se doit eu égard à son éducation, son milieu et son statut de brillante Normalienne, nous donnerait-elle des explications précises et éclairées...?On s'étonne que l'Angel 2 ait pu laisser ses enfants du KT dans cette inetrrogation déstabilisante et douloureuse sans faire appel à ses fréquentations distinguées.... ;-))