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3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 15:29
Stratégie pour deux jambons.

Le roman (car il existe aussi sous forme de pièce de théâtre, un succès mondial si j'en crois ce que j'ai lu, il est disponible à Milcounor aussi).

Raymond Cousse est mort, volontairement, depuis déjà quinze ans.
Ce n'est donc pas du tout frais que vous propose la Gazette en ce morne dimanche de décembre.
L'opus en question date de 1978 mais n'a pas pris une ride : c'est du jambon archi-longue conservation, vous pouvez me croire! Qualité premium, pour sûr, Label Rouge garanti! Et comme on est en 2006, au XXIème siècle et que c'est la mode, j'ajouterai que c'est du jambon bio, au moins!

Raymond Cousse était un pamphlétaire, un  vrai. ( Lisant Gide en parallèle, j'en viens à me demander, du reste, s'il n'aurait pas bénéficié du même type d'éducation protestante que le susnommé....) Et il brosse, dans ce bref roman de 120 pages, un cruel, cynique et réjouissant portrait de notre société, en particulier du monde du travail.
On rit et c'est cruel. On en a froid dans le dos et on en frissonne. On ne peut pas lire Stratégie pour deux jambons sans le relier à tous les drames sociaux tels le célèbre Moulinex, la délocalisation d'Aréna ou l'actuelle fusion Alcatel-Lucent... Ce ne sont que des exemples, et ceux qui travaillent dans la fonction publique ne sont pas à l'abri de la causticité et du cynisme de cet auteur percutant!

Pour tous ceux que le suivisme révolte et à qui  l'immobilisme résigné donne des boutons et de l'urticaire, pour ceux que le conformisme hérisse : mangez vite ces deux jambons, consommez-les sans modération!!!


Le héros est un cochon qui attend tranquillement l'heure de l'abattoir, "prodigieuse aventure"...

Apéro-tapas pour vous, fidèles lecteurs de la Gazette : petites tranches à déguster....

" L'endroit que j'occupe suffit à mes besoins comme à la satisfaction de mes désirs. je ne saurais dire si la longueur du local l'emporte sur la largeur, ou vice-versa. Mais il me plaît d'imaginer que la largeur ne cède en rien sur la longueur. je ne sais pourquoi, l'idée d'exercer ma liberté à l'intérieur d'un carré m'est d'un précieux réconfort.
Soit donc un carré de deux mètres de côté, environ. (...)
De la hauteur, je ne puis parler sans précaution. J'aimerais qu'elle atteignît également deux mètres, car l'idée d'exercer ma liberté dans un cube m'est d'un plus précieux  réconfort encore.(...)

"Considérée de l'intérieur, la mangeoire offre un spectacle tout différent. (...) de là à qualifier cette mangeoire d'automatique, il y a un pas que la raison se refuse à franchir. Car il est clair que la mangeoire n'est automatique que dans la mesure du bon vouloir du cochon. sans son concours, pourrait-on seulement parler de mangeoire? J'en doute. Et si l'on veut pousser plus loin, force est d'admettre que semblable définition s'applique plus judicieusement au locataire qu'à l'accessoire ainsi dénommé."

"Un quart d'heure de mouvement, suivi d'un quart d'heure d'inertie, montre en main, voilà comment j'entends la vie. Certes, il m'arrive, dans les moments de faiblesse (un cochon n'est pas un surhomme) de maudire l'alternative entre un immobilisme fécond et une mobilité stérilisante. Mais mon sens du compromis m'incline, là comme ailleurs, à couper la poire en deux. Je m'en sors habituellement en conciliant les contraires, c'est à dire en marchant sur place, le long du mur de gauche. semblable pratique peut à la longue, je ne le nie pas, conduire à la monotonie. Mais d'où tient-on que la vie doive être exclusivement génératrice de plaisirs? Voudrait-on, par hasard, que le sens du devoir ne s'accompagnât point de menues contraintes? Je plains décidément les idéalistes."

Bon...je vous ai sans doute assez nourri pour aujourd'hui, et je l'espère, alléché de même pour que vous y reveniez quand il vous en viendra l'appétit!





Stratégie pour deux jambons, De Raymond Cousse
aux Editions du Serpent à Plumes

un exemplaire disponible à Milcounor!

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commentaires

zigobelle 04/12/2006 21:00

Pffff....c'est pas une intello notre charmante hôtesse hein!!!
M'enfin, La Grosse Dame, c'est en lisant qu'on devient liseron a dit Monsieur Queneau, quand-même....

la grosse dame 03/12/2006 18:50

Certes, le titre avait quelque chose d'alléchant.
Avis pris après lecture de ces quelques "tranches": des phrases longues et trop bien tournées pour attirer mon intérêt: le genre de phrases mêmes que je "survole" dans les livres, car je n'aime pas m'y attarder.
Je ne rechignerai cependant pas à jeter un coup d'oeil au bouquin, une fois que tous les intéressés l'auront lu, car n'oublions pas que lorsqu'un livre entre dans ma chambre, il n'en ressort que quelques mois plus tard lol, pour peu que je n'ai pas accroché dès le début...
On verra bien!