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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 13:46
C'est une plainte, une lamentation commune à tous les représentants de ma profession, même les Docs pas toc-toc, croyez-moi !
Ils ne savent pas chercher, c'est sûr.
La preuve : ce qu'ils nous "ramènent" comme travail quand ils ont une recherche à faire. La plupart du temps (si c'est eux qui l'ont fait), le résultat est... médiocre, souvent à côté de la plaque, pas digéré (il ne savent pas en dire trois mots), étranger à eux. Le bénéfice est proche de zéro, ne faisons pas semblant de croire le contraire.
Mais alors, apprenez-leur, dira-t-on fort intelligemment ! Bien sûr, on ne demande que ça, nous.
Sauf qu'eux, ils sont sûrs et certains de savoir chercher comme des dieux ! Alors, à part ceux qui n'ont pas Internet à la maison, c'est bien difficile de les convaincre qu'on va les aider utilement...
Bon, alors, qui a raison ? Eux ou nous ?
Les deux, mon Général !
Oui, ils savent chercher. Ils savent chercher ce qui les intéresse. Question de motivation, c'est la réponse qui vient de suite. Là encore, votre Gazetière va nuancer cette affirmation. Question de motivation, oui, mais pas seulement.
J'explique (ceci est un article sérieux, étayé par des observations in vivo, quelques connaissances en cognition, de nombreuses années de pratique péda, de  passionnées études en pédagogie de l'info-doc...).
Il est une notion fondamentale en recherche d'information, c'est la reconnaissance du besoin d'information (Saint André Tricot de Toulouse, priez pour nous, pauvres profs-docs !). Il faut d'abord savoir qu'on a besoin de savoir pour assouvir ce besoin. Plus on en sait, plus on a besoin d'en savoir (parce que comme disait à peu près le vieux Grec, je sais que je ne sais rien).

Demonstration scientifique (!)

Situation 1

Je suis un ado (hypothèse d'école ;-) )
Je suis passionné par le sujet X.
J'ai besoin d'avoir une info très précise sur ce sujet.
Je sais (et je vais)  la trouver sur le net avec une rapidité et une efficacité probantes.
Que les parents qui ne savent pas ça me jettent la première pierre ("si ! la piscine est ouverte aujourd'hui à partir de 14 h", "si ! le tome 3 de EEE est en librairie depuis ce matin", "je te dis qu'il y a encore des places pour le concert de BBB", "le Td123H, y en a en promo chez Bidulix à  59 €"...La palette est vaste et les tuyaux rarement creux !)
Pourquoi les infos sont -elles rapidement trouvées et pertinentes ? Parce que le "chercheur" savait très bien ce qu'il cherchait. Du coup, il a très bien su cibler aussi les réponses qui l'intéressaient. Il y a de la motivation, mais il y a surtout, cognitivement parlant, du SENS.

Situation 2

Reprenons notre ado, dans un milieu plus contraint, avec une demande professorale sur un sujet qui n'évoque rien pour lui. (Ce sont des observations in vivo, je vous l'ai dit. In vitro, le prof aurait motivé ses élèves et créé un besoin, une envie, donc, dans ce monde scolaire idéal, on en reviendrait à un projet de l'élève, soit au paragraphe au-dessus, situation 1)

Situation 2-a :  une liste de questions sur un sujet, appelant une liste de réponses.
Au niveau "questionnement et problématisation", ok, c'est le degré zéro, mais ça existe, ne nous voilons pas la face.

Situation 2b :  plus exigeant mais plus formateur au niveau intellectuel,  un "sujet" dont il devra tirer quelque chose de plus ou moins formalisé (l'exposé, pour résumer, ou l'affiche, la biographie...)
L'ado (devenu un élève) ne sachant souvent rien à propos du sujet de recherche, comment s'imaginerait-il ce qui lui manque ? Il ne met à ce stade aucun SENS dans la demande.
Il va donc falloir mettre en route le moteur de l'effort intellectuel... Ce sens, il va bien falloir le créer....

Et c'est là que l'Internet ne nous aide pas comme on pourrait le croire, et que même, au contraire, il empêche les performances en info-doc !
Comparons :

"Avant" (= l'Âge d'Or des profs !!! MDR) : l'élève  devait répondre en utilisant des ressources matérielles (encyclo, dicos, manuels, documentaires, périodiques...).

Les livres parlent, j'en suis persuadée, et nous disent beaucoup de choses. Encore faut-il parler la même langue qu'eux.
Pas question d'obtenir une réponse si on ne sait pas leur poser la question. Ils resteront muets.
Une question que l'élève ne comprend pas sur un sujet qu'il ne connaît pas : le blocage est complet. On peut lui donner 20 ouvrages sur son sujet, il ne se passera rien.
Il fallait donc qu'il se mette à tenter de comprendre la question. Je ne dis pas que cela se faisait spontanément et sans contrainte ! Mais le renvoi systématique au dictionnaire, la recherche de synonymes, les tentatives de donner du SENS à la question en passant par la reformulation finissaient par amorcer une certaine pompe... Et, bon an mal an, une certaine image de la question se construisait, qui ouvrait des perspectives sur les réponses possibles...et leur localisation éventuelle.
J'ai peut-être l'air d'enfoncer des portes ouvertes mais tout n'est pas si évident qu'il paraît, lecteurs adorés.
En passant par cette construction du sens, l'élève "ouvre les yeux" et devient un peu plus "concerné" par le sujet, même si ce sujet ne le motive pas personnellement. Simplement,  on le pousse à comprendre... Pas anodin, n'est ce pas ?
Une fois qu'il a compris ce qu'il lui fallait chercher, que ça l'intéresse ou pas c'est autre débat), il pourra au moins trouver un embryon de réponse qui fait sens (cela peut être fastidieux, je vous l'accorde...mais on ne peut éradiquer toute contrainte de l'acte d'apprentissage)

Maintenant : (= de nos jours dans nos classes = l'enfer! ;-) )

Posons notre vaisseau spatial pédagogique sur la planète Internet. Mettons en route un bon gros moteur de recherche.
Vous la voyez poindre, la fausse solution qui en réalité devient vite un problème ?
L'élève a devant lui une question qu'il ne comprend pas (mais alors pas du tout, croyez-moi, à peine l'a-t-il lue). Le fait que la question n'ait aucun sens pour lui n'est absolument plus un obstacle à la recherche d'une réponse. Toute "l'intelligence" de la chose a disparu en même temps qu'est apparue la possibilité d'interroger le moteur en langage naturel et intégral.
Le simple fait de recopier cette suite de mots non signifiante* (pour lui) va faire apparaître une succession de liens contenant les mots demandés. MAGIE !
L'élève est dès lors totalement persuadé que la réponse est là, toute faite et parfaitement juste, bien plus réussie que tout ce qu'il aurait pu produire lui-même avec un questionnement qu'il n'a pas compris ! Assurément, il est tout à fait certain que des bonnes réponses se cachent dans la liste... mais où ? N'imaginez surtout pas que la pêche à l'info est une compétence innée et spontanément acquise...
Dès lors, vous pouvez imaginer la pertinence des informations retenues : ne sachant à quelle question il répond, il est plus que fréquent qu'il tombe à côté à tous les niveaux : erreur sur le sujet (drame de la polysémie** !), niveau d'expertise inadéquat (du blog du gamin de CE2 à la thèse universitaire en passant par les catalogues de vente, les rayonnages du Net sont bien garnis ! ...)
Imaginez un grand QCM dans une langue que vous ne connaissez pas (pas une langue latine, hein, bande de petits malins...), vous aurez une idée des chances de trouver les bonnes réponses aux questions qu'on vous pose ;-)

Peut-être allez-vous répondre que l'élève triera APRES parmi les réponses et sera donc à même de sélectionner la (les) plus pertinente(s).
Je vous réponds de suite par un axiome qui vaut au moins pour les années collège-lycée : celui qui n'a pas cherché à comprendre AVANT ne cherche jamais à comprendre APRES. Ou : qui évite l'effort dès le départ continue de même par la suite... :-)
 
Je ne voue pas Google (et ses cousins) aux gémonies, loin de là ! Ce sont de fabuleux outils qu'il est bon d'utiliser et de maîtriser.
Je rappelle juste qu'une machine ne remplace pas un cerveau***, et que le fait de pouvoir obtenir une réponse sans avoir donné DU SENS à la question est un piège qui fait qu'au niveau scolaire, plus nos enfants cherchent moins ils trouvent, mais plus ça a l'air de marcher et plus ils se croient doués, donc moins ils sont enclins à apprendre une autre manière de procéder...
Et naturellement, plus on tente de leur expliquer (qu'on a raison !), plus on a l'air ringard et plus le soupçon d'incompétence face aux nouveaux outils et au monde actuel plane sur nous ... :-)
C'est dur, du côté de la cabine de pilotage de garder le cap...

(lecteurs indulgents, pardonnez l'ENORME faute d'orthographe de cette image...
Moi aussi, elle me fait frissonner,
mais comme la blague me plaît, je la publie quand même... et les réf. avec  :
http://www.lafilleduperenoel.net/dotclear/images/internet/titanic_cartoon.jpg)

Il devient évident qu'avec Internet nos façons de travailler sont modifiées, et, plus bouleversant, notre façon de PENSER change aussi. C'est une problématique qui me passionne depuis un certain temps déjà, et un lecteur de la Gazette a eu la gentillesse de me faire parvenir un lien  intéressant sur ce sujet, une réflexion facile à lire mais qui met bien en lumière cette évolution assez soudaine.

Si la chose vous intéresse....


* : ne croyez pas que j'exagère, certains élèves recopient lettre à lettre et si on leur demande le mot qu'ils ont écrit (parce que le mot en question n'est pas un vrai mot, mais c'est pas grave, Google propose une autre orthographe !) ILS NE SAVENT PAS !!! Ils répondent qu'ils liront après !

** : comme la polygamie, d'ailleurs, autre drame (du point de vue des femmes) ;-)

*** : et c'est pareil pour le correcteur d'orthographe !!!! :-D


Et voilà, vous, mes lecteurs patients qui seriez éventuellement arrivés jusqu'au bout du billet, la cloche a sonné, le cours est fini, maintenant, vous pouvez sortir en récré !




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commentaires

Zigo plein gaz ! 10/06/2009 08:10

Que nenni, Mister T : il n'est jamais trop tard !!! En effet, je tente de leur enseigner et je n'ai pas encore jeté le tablier (l'année n'est pas terminée!), la preuve : cet article né de situations bien réelles vécues hier encore, exemples vivants qui me font sourire (je l'avoue) et mettent en route mes petites cellules gris-roses de prof-doc pour atteindre quelques fulgurances pédagogiques salvatrices !

Mister T 09/06/2009 20:59

Ptite question : c'est pas votre job, justement, de leur apprendre à chercher ? En tant qu'enseignante et documentaliste ? Pour cette année, c'est trop tard ... Mais voilà un bel objectif pour l'année prochaine ! Courage

Angel3! 09/06/2009 15:05

mon Dieu, on se croirait à la maison ...avec ses fameuses recherches sur Internet et qui deviennent des "copies " d'internet ....pffff...vers où on va ......snif ..que peut-on faire ?

Zigobelle 09/06/2009 15:52


...allons, allons, Angel... Esperanza, Esperanza ! On n'est pas orphelins, tu sais bien !