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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 13:22
Comme vous vous en doutez, en raison de la prochaine St Patrick de DonaldVille, votre Gazetière fait une de ses très ponctuelles crises spasmo-culinaires aiguës. Il ne s'agit de rien de moins que de dresser la carte de notre taverne événementielle, le Singing Clover : autant dire du pain (de seigle) sur la planche !
Bien entendu, il ne s'agit pas seulement de trouver des recettes ad hoc, mais bel et bien de s'imprégner de la culture alimentaire de nos chers Irlandais. Et c'est là, fort subtilement, qu'on en arrive au haddock, justement. Voire même au hareng. Et, plus précisément, au fameux hareng saur.
Régal poétique de mon enfance. Et comme c'est le Printemps des Poètes, n'est ce-pas...

Le hareng saur (de Charles Cros, 1873)

                                                      à Guy.

Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.

Alors il monte à l'échelle - haute, haute, haute,
 Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc - nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.

Il redescend de l'échelle - haute, haute, haute,
L'emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s'en va ailleurs - loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.

J'ai composé cette histoire - simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,
Et amuser les enfants - petits, petits, petits.

Eh bien, lecteurs adorés, pour les gens graves, je ne peux rien dire, mais pour ce qui est de la petite fille que je fus, ce Hareng Saur Sec se balançant au bout de sa longue ficelle, dans toute sa délicieuse absurdité, je ne l'ai jamais oublié (et quand on connaît ma mémoire, l'exploit est appréciable).
J'avais un âge à 1 seul chiffre, pour sûr, et mon école m'avait conduite à une rencontre avec un comédien au Centre d'animation du quartier.
Les mots exacts ne sont pas gravés, mais l'image éblouissante de ce haut mur blanc et vide m'a définitivement impressionnée, tant ce comédien l'a rendue vraie et inoubliable.
Combien de textes cet artiste nous a-t-il fait découvrir ? Combien de ficelles (!) nous a t-il dévoilées ? Je l'ignore absolument.
Sauf ce hareng-saur, qui n'a jamais cessé d'osciller dans les méandres de ma souvenance.
Fascinée, la Zigo.
Hypnotisée par le tangage de ce balancier saugrenu.
Contaminée par le goût de l'insolite, du fantasque.
Marquée du sceau du hareng saur, sans avoir eu besoin de fumer. Qui l'eût cru ?

Pour en savoir un peu plus sur ce poète et ce poème :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Hareng_saur

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