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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 12:02

L'ex-Martiniquais (skipper, antiquaire, trader, brother... vous l'aurez reconnu)  nous parlait l'autre soir de "liénage", mot créole inventé pour signifier une union puissante, plus proche du pacte que de l'aliénation, je vous rassure.
A la Gazette, on les trouve savoureux, ces mots imagés, et on se délecte de tout ce qui est cuisiné à la sauce étymologique.
On vote des deux mains pour un enrichissement permanent de la langue, par inventivité, emprunts, éclosions inattendues...mais on désire également sauvegarder de l'oubli tout un tas de curiosités pas si poussiéreuses qu'on pourrait le croire. C'est ça, une langue vivante : du passé, du présent, des germes d'avenir.
Mais...justement, quelle différence entre une langue, un patois, un dialecte ...? Le savez-vous, lecteurs curieux ?
Pas vraiment, et ça vous empêche de dormir la nuit sur vos deux oreilles, je m'en doute !
Alors, réjouissez-vous, la Gazette va faire mieux que les décoctions, infusions, incantations, amulettes et autres médecines destinées à vous faire ronfler du sommeil du juste ! Elle va éclaircir en deux temps trois mouvements le cruel dilemne qui vous hantait. TOUT, vous allez tout comprendre de ce sujet palpitant.
Du point de vue strictement linguistique, il n'y en a pas (de différence, évidemment. car un point de vue, il y en a bien un. Ctte phrase est totalement bancale, appelant 5 lignes d'explications, je le vois bien, mais tant pis, elle est née ainsi et je la garde telle, amputée de logique in utero, je l'aime quand même!).
Revenons à nos moutons. Langue, patois, dialecte...
C'est plutôt un. problème géographique et politique.
Disons que...
Une langue parlée dans un territoire restreint est un patois.
Plusieurs patois proches les uns des autres forment un dialecte.
Quant à la langue, c'est un dialecte "qui a réussi" puisqu'il est devenu le langage officiel d'un Etat.

Retour il y a quelques siècles dans le beau Royaume de France... On connaît la frontière langue d'Oc, langue d'Oïl.

Afficher l'image en taille réellePourquoi celle "d'en haut" s'enrichit-elle de multiples apports et prend-elle le dessus ? Tout simplement parce que le Roi, à présent sédentarisé (eh oui ! finie la bohême médiévale), vit en Île de France et en Orléannais. C'est donc que le Sire parlant ainsi,  il est de bon ton de causer comme lui ! Le "françois" n'a pas besoin d'attendre une ordonnance royale pour s'imposer naturellement comme langue prestigieuse. 1539,  il devient langue administrative, et tout ce que le pays compte de "gens bien" le parlent naturellement. Bon. C'est l'élite, hein ! Parce qu'à la Révolution, une enquête (il semblerait que la mode de l'enquête soit née en cette époque bouillonnante)  révèle que 80% de la population le comprend plus ou moins mais ne le parle pas du tout ! Le français porte des noms amusants : la "langue du pain" pour les Corses, celle du "dimanche" pour les Savoyards...
Afficher l'image en taille réelleEncore un siècle...1882 : Jules ferry et son école obligatoire vont mettre du plomb dans l'aile des dialectes. Les enfants qui s'oublient à parler patois au lieu du français s'en souviendront longtemps (et leurs doigts, et leurs fesses, et leurs oreilles...)...
Le dressage linguistique est ...comme la pédagogie de l'époque, dira-t-on sans insister plus avant ! Les hussards noirs de la République n'étaient pas tous des tendres, je le reconnais...(ici, merci d'agréer un mea culpa corporatiste).

Afficher l'image en taille réellePourtant, ce qui a fait réellement et définitivement progresser le français, ce qui en a fait la langue que tous nos compatriotes parlent désormais, c'est...la terrible Grande Guerre. Eh oui... Tous unis autour du drapeau, et surtout dans l'enfer des tranchées, du sud comme du nord, de l'ouest ou de l'est, il a bien fallu communiquer pour se serrer les coudes. Tout naturellement, la langue française a servi de dénominateur commun. La bascule s'est faite là, et peu à peu a gagné tout le pays. Au fil du 20e siècle, le bilinguisme disparaît progressivement, en dépit d'actions volontaristes locales pour le préserver voire l'imposer. On ne citera pas ici les îlots bien connus de résistance :-)

Tout cela, le français, les langues régionales, les accents qu'il faut avoir ou pas... est le fruit de bien des traumatismes, me direz-vous... Un vrai accouchement dans la douleur.
C'est vrai, la naissance d'une langue nationale, tout comme celle d'une nation,  n'est pas un long fleuve tranquille...


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commentaires

Valérie 05/03/2009 15:45

bel article,très instructif !bonne journéeval

Che 04/03/2009 20:05

De ce "liénage" a émergé "liyannaj"...Liyannaj Kont Pwofitasyon, plus connu sous le nom de LKP, ou Alliance Contre les Profiteurs... J'adore ce nom et cette idée de mettre à bas les profiteurs !!! A quand une telle union (sacrée ? ) en métropole ?

Zigobelle 04/03/2009 20:38


Debout les damnés de la terre.... (et tralala etc !)